Automne des sens

A chaque saison
Ses couleurs, ses senteurs,
Sa prose, sa chanson,
Ses saveurs, ses teneurs

AUTOMNE

Au tout premier regard

Tâches de sanguine ou de terre de sienne
Déposées par délicates touches sur les feuilles des arbres
Se mêlant aux pâturages reverdis par les pluies d’automne…

Fermant les yeux un instant

Siiiifffle et groooonde la bourrasque
« Cloc » « cloc » « cloc » fait la pluie fouettant mes vêtements cirés
« Tek …. Tek » lance sèchement une fauvette s’abritant dans un roncier
Et… « Plaff !! », un pied maladroit dans une flaque d’eau…

Courre ma langue sur mes lèvres trempées

Goûtant l’eau saumâtre des gouttes de pluie
Venues se mêler au sel de ma peau.

Humant, nez au vent

Le fumet délicat des premiers feux de cheminée
La senteur tourbée exhalant du tapis de mousse d’une forêt voisine.

Ramassant un fruit d’automne

Aïe !!!
Pique la bogue épineuse d’une châtaigne
Protégeant son fruit au doux pelage de velours.

 

Clémence Gdrd, D’encre et de graphite, 28 octobre 2018

La poésie

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©Lolame

Elle me prend comme un accès de folie,

Démence créative, irrésistible envie,

Envahissant mon esprit,

Obsession de mes nuits

Jusqu’à la délivrance 

Douce souffrance 

Enivrante transe 

Ma plume, sur le papier, danse

Au rythme de ma main, silence,

Nègre de mes pensées en errance…

 

Clémence Gdrd, D’encre et de graphite, 22 octobre 2018

Illusion d’avenir

Le calme règne sur Alep. Le soleil teinte d’or les belles courbes de la ville. Sur le chemin de l’école, Sami tient fermement les petites mains d’Ulfat et Fadi. Serein, il les lâche et les regarde courir vers leurs amis. L’écho de leurs rires l’accompagne jusqu’au chantier. Son collègue Ridda est déjà sur place.

« Dernier jour de labeur mon ami, ta famille sera bientôt réunie!

-Quel bonheur. Merci mon ami! Comment va ta Mama?

-Dieu veille sur elle. Haya travaille dans le service de neurologie, elle veille sur sa Djedda*.»

Alors qu’il pose la dernière pierre, son rêve s’évapore comme à travers un mirage, laissant place à la confusion et au chaos. Sami ouvre les yeux. Désillusion. Déflagrations sourdes au loin, odeur fétide de chair brûlée. L’espoir d’un avenir fécond s’effondre devant les corps déchiquetés de sa femme et de ses enfants. Ils sont étendus là, détruits, à l’image de ce lieu presque inconnu, refuge de la veille, charnier du lendemain. Où est le reste de sa famille ? Il l’ignore…

*Djedda, Djidda, Jedda: grand mère, mamie en arabe.

Clémence Gdrd, Micro-nouvelle sur le thème « Un nouveau monde », D’encre et de Graphite, 12 octobre 2018

Prose à l’Aimé

A mon Aimé…

Ton souffle est la brise

S’engouffrant, légère, dans la toile,

Pesante grand-voile

De mon bateau en errance.

 

Tes yeux reflètent l’eau moirée

Des flots tantôt bleus, tantôt gris,

Tantôt paisibles, tantôt survoltés,

Sur lesquels je vogue à tes côtés.

 

Ton cœur est mon encre solidement attachée,

Dans le ciment de sable de doré,

Aux mille grains d’amour

Tapissant les profondeurs de mon âme.

 

L’alcôve de tes bras est le port

Refuge de mon cœur

Et ton épaule le roc, où dégringolent mes pleurs

Quand se lève une houle de tristesse.

 

Ton odeur enivrante

Est le parfum doux et vivifiant,

Ô effluves rassurants,

Exhalant des embruns iodés.

 

Ton être brille sur ma vie

Tel un phare dans la nuit

Ta présence bienveillante est mon repère,

Quand, dans l’océan tourmenté de mon esprit

Ma raison fragile se perd.

 

Toi mon Aimé,

Tu occupes le ciel de mes pensées,

Chaque jour d’étoiles de bonheur constellé,

Et me combles de rires et de joie

Depuis ce jour où tu as fait chavirer mon cœur dans l’émoi.

Clémence Gdrd, D’encre et de graphite, 8 octobre 2018